Liège, d’un passé riche à un avenir prospère


Liège a souvent été à la pointe des enjeux économiques des diverses époques qu’elle a traversées.  Elle a toujours su s’adapter aux besoins de celles-ci en utilisant les nouvelles technologies propres à ces époques respectives. Liège doit donc continuer à s’adapter aux enjeux économiques d’aujourd’hui et sera, à l’avenir aussi, à la pointe des nouvelles technologies et de la prospérité économique européenne. Comment la Cité Ardente et sa région se sont-elles développées et quelles stratégies mettre en place pour l’avenir?

La région liégeoise possède des atouts naturels depuis toujours : la Meuse, fleuve autour duquel l’ensemble du développement liégeois s’est construit au fil des siècles.  Un fleuve est synonyme de vie et de prospérité et est un axe de communication et de connectivité par excellence. La Hesbaye, un des terroirs les plus fertiles d’Europe, a aussi toujours servi Liège dans son rayonnement. Enfin, la région liégeoise a toujours été riche en ressources naturelles : minerais, bois des Ardennes, pierres, etc. Tous ces atouts naturels continuent à donner à ce territoire des potentialités exceptionnelles.

Fin du VIIIe siècle, Liège devient la nouvelle capitale du diocèse de Tongres-Maastricht, basé sur l’ancienne civitas romaine, qui deviendra plus tard le diocèse, puis la principauté ecclésiastique de Liège. Cette élévation en chef lieu est principalement due à un évènement ayant attiré à lui seul un grand nombre de pèlerins : le massacre de l’évêque Lambert et des siens par Dodon, haut fonctionnaire de l’État franc, résultat d’une vendetta caractéristique de l’époque. Cet évènement attire de plus en plus de pèlerins venant rendre hommage à l’évêque martyr bientôt élevé au rang de saint. Qui dit pèlerins au Moyen-âge, dit aussi passages, rencontres, commerce et développement économique. Liège au Moyen-âge continue son développement sur la base de ses caractéristiques de centre religieux puis religioso-politique.  C’est aussi au Moyen-âge que naît dans la région un savoir-faire en matière d’armes qui se développera en parallèle avec la découverte, par l’occident, de la poudre à canon et avec la multiplication des guerres européennes. La FN d’Herstal est probablement le dernier avatar de ce savoir-faire en matière d’armes et doit désormais s’adapter aux normes éthiques propres à l’époque actuelle.

A la fin du Moyen-âge, Liège est déjà une plaque tournante du commerce européen qui ne cesse de fleurir. L’Europe voit apparaître un nouveau mode de vie : celui des marchands et des bourgeois. Liège sera très avancée dans les droits accordés à ces derniers (en atteste par exemple la première charte urbaine accordée à la ville et aux bourgeois de Huy en 1066, année de la conquête de l’Angleterre par le Normand Guillaume).

Liège, aux XVe, XVIe  et XVIIe siècles, développe de plus en plus son industrie armurière, profitant de son statut de neutralité en plein milieu des champs de batailles sur lesquels s’affrontent les différentes puissances européennes. Jean Curtius incarne la réussite économique individuelle d’une époque qui voit fleurir les premiers grands capitalistes. Il obtient le monopole de la vente d’armes et de poudre à l’armée espagnole, fortement présente dans nos contrées à cette époque. A la même période, Lambert Lombard et Jean Delcour, à la pointe de l’art et du monde culturel de leur siècle respectif, incarnent également les changements profonds de mentalité de l’époque.

La vie culturelle et artistique liégeoise est d’ailleurs très active depuis déjà le Moyen-âge.  Les écoles liégeoises sont réputées dans l’Europe entière même s’il faudra attendre le début du XIXe siècle pour voir se créer l’Université de Liège, atout essentiel de développement économique et de rayonnement international. La vie culturelle liégeoise est toujours à l’heure actuelle très riche, en témoigne le récent combat manqué de ses citoyens pour l’obtention du statut de capitale culturelle européenne.

C’est aussi à l’époque moderne (XVIe, XVIIe, XVIIIe siècles) qu’émergent à Liège les premiers soubresauts de l’industrie métallurgique qui sera le moteur de la révolution industrielle et du progrès technique. Il est admis que l’industrie liégeoise, avec l’industrie anglaise, est le berceau de la révolution industrielle.

Du XVIe au XVIIIe siècle, les Liégeois intensifient le développement d’une sidérurgie  déjà considérée comme la plus dense du monde. Le savoir faire liégeois est déjà reconnu internationalement : Louis XIV admire la machine de Marly de Rennequin Sualem qui permet de remonter l’eau, le prince-évêque Ernest de Bavière vide les mines de houilles des eaux empêchant leur exploitation, etc.

L’arrivée de John Cockerill à Liège sera la première pierre d’un édifice d’une importance capitale pour la région. Les fondations de cet édifice avaient été posées bien avant son arrivée car la région possédait déjà une métallurgie au potentiel fort.  Cockerill boostera ce potentiel en modernisant les installations, s’adaptant ainsi aux besoins et aux technologies de son époque.

Du début du XIXe siècle jusqu’à nos jours, la sidérurgie sera la colonne vertébrale du développement économique de Liège. Mais depuis les années soixante, la sidérurgie liégeoise est en déclin. Plusieurs facteurs l’expliquent : l’épuisement des mines de houille, le développement de gigantesques multinationales exerçant un quasi monopole sur le secteur, l’émergence de nouvelles économies dans des pays vivant actuellement leur propre révolution industrielle, les erreurs de mauvaise gestion politique, le manque de vision à long terme, le manque de modernisation des outils et de la filière,…

Pourtant, depuis quelques temps, le bassin sidérurgique liégeois a développé des spécificités technologiques (métal autonettoyant, pâles d’éolienne, etc) et s’est petit à petit modernisé, surtout sur sa phase à froid, s’adaptant ainsi au fur et à mesure aux enjeux de l’époque actuelle.  La transformation du métal (en ce compris son recyclage) sera toujours un besoin en Europe. Et il est à parier qu’avec la montée des prix des carburants fossiles due au pic de pétrole, le prix des transports d’un bout à l’autre de la planète augmentera considérablement.  Il est donc indispensable pour l’Europe de garder une production sidérurgique à l’échelle du continent en la modernisant, en l’orientant vers l’économie verte, en la rendant plus efficace. Liège a le potentiel pour faire partie de cette industrie européenne renouvelée et le nœud de connectivité multimodal qu’elle représente au cœur de l’Europe est un atout indéniable.

En parallèle à cela, il est également important de ne plus mettre tous ses œufs dans le même panier et de développer à Liège d’autres secteurs d’activité économique porteurs et répondant aux besoins de l’époque actuelle. Le développement des filières vertes en Allemagne est un exemple qu’il faut suivre.  Ce secteur a dépassé celui de l’automobile dans la plus importante économie d’Europe.  Pourtant, aussi bien la Flandre, que la France, ne s’en soucient guère. C’est une opportunité qu’il faut saisir. Le sixième pôle du plan Marshall 2.vert et les alliances emploi-environnement qui se développent en Wallonie actuellement permettront sans aucun doute à la Wallonie de sortir la tête hors de l’eau. Liège doit être à la pointe de ce nouveau développement.  Dans le même esprit, l’Université de Liège doit devenir un exemple en matière de recherche sur les nouvelles technologies vertes et cette spécificité peut s’inscrire dans l’ensemble de ses facultés (par exemple, nous pouvons tout à fait imaginer le département d’histoire étudier des techniques spécifiques liégeoises anciennes à moderniser).

Le secteur des technologies de l’information et de la communication est en plein boum depuis maintenant plusieurs années.  La Syllicon Valley en Californie est l’emblème de cette « révolution ». Pourtant, il y a un secteur qui fait preuve d’un potentiel énorme et qu’aucune région du monde, à ma connaissance, n’a encore accueilli en masse : c’est celui du logiciel libre. De plus en plus de PME utilisant les logiciels libres se créent. Pourquoi ne pas faire du bassin liégeois la Syllicon Valley du logiciel libre ?

Les possibilités en matière de relocalisation de l’économie et de l’agriculture sont aussi une bonne opportunité pour la région liégeoise. Les filières courtes de la terre à l’assiette peuvent se développer à Liège. La résurgence de plus en plus importante de petits maraichers et la création de plus en plus de groupes d’achats communs montrent l’intérêt qui est porté à ce secteur. Cette thématique fera probablement l’objet d’un prochain article sur ce blog.

Tant que nous sommes dans le secteur agricole, parlons un peu de la vigne à Liège. Les récents évènements ont vu fleurir diverses initiatives montrant un intérêt pour un retour de la vigne à Liège (Vin de Liège, Vranken, etc.).  Liège a un grand passé viticole, sa terre est donc propice à la culture de la vigne et les conditions climatiques se transformant, il est probable que les prochaines années voient réapparaitre Bacchus dans nos contrées. Les toujours plus nombreux viticulteurs amateurs des bords de Meuse vous confirmeront que la qualité de leur raisin est de plus en plus importante et qu’ils observent un changement significatif du climat propice à la culture de la vigne.

En conclusion, je dirais qu’il est nécessaire de construire une vision d’ensemble pour la région liégeoise, à l’échelle supra-communale, autour de la notion de bassin de vie pour construire un avenir prospère pour Liège et qui soit digne de son passé. Il faut construire cette vision supra-communale avec l’ensemble des acteurs liégeois : politiques, économiques, associatifs et aussi directement avec les citoyens. Pour avancer dans un sens commun de la manière la plus efficace, il est essentiel d’inclure le citoyen dans le processus. Je suis relativement confiant dans la possibilité pour Liège d’arriver à fédérer autour d’elle tous ces acteurs.  Cette confiance se base surtout sur deux évènements récents qui montrent à quel point les Liégeois peuvent travailler ensemble : l’annonce de la fermeture d’Arcelor-Mittal qui provoque une résistance de l’ensemble des forces de la région liégeoise et la candidature de Liège à l’Expo 2017 qui provoque l’enthousiasme de toute la population.

En choisissant les thèmes de la connectivité et de la durabilité pour l’Expo 2017 et en décidant de transformer le site en éco-quartier par après, Liège s’inscrit dans les défis du XXIe siècle. C’est un bon premier pas, mais il faut aller plus loin pour que notre ville et sa région continuent d’être à la pointe des enjeux économiques des époques qu’elles traversent.

Liège a un passé riche, elle mérite un avenir prospère.

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